Le fossile d’un serpent vieux de 60 millions d’années a été découvert par une équipe de scientifiques en Amérique du Sud. Le nom de Titanoboa cerrejonensis lui a été attribué, son poids et sa taille (1 140 kg et 13 m) ferait passer n’importe quel anaconda pour une vulgaire couleuvre.
Au début de l’ère paléogène (65 à 40 millions d’années), la Terre était bien plus chaude qu’aujourd’hui. On en veut pour preuve la présence dans les régions Arctiques et en Sibérie de fossiles de crocodiles et de palmiers qui indiquent qu’il ne gelait pas l’hiver. Le consensus tiré des études paléoclimatiques, indiquait une température supérieure de 30° à ce qu’elle est aujourd’hui aux hautes latitudes, contre un écart de 2° seulement sous les tropiques. Comme si la planète avait un thermostat capable de maintenir une relative stabilité climatique en période de fort réchauffement. S’ils sont confirmés à l’avenir, les travaux publiés jeudi dans Nature remettent en cause cette vision d’un climat tropical protégé du réchauffement climatique.
L’approche des huit chercheurs est pour le moins originale. L’équipe s’est en effet basée sur l’estimation de taille et de poids d’un serpent géant, Titanoboa cerrejonensis, dont le squelette a été retrouvé dans le nord-est de la Colombie. Un serpent gigantesque, qui mesurait peut-être treize mètres de long et pesait plus d’une tonne! Quatre mètres et plusieurs centaines de kilos de plus que les grands anacondas contemporains.
Comme la température interne des serpents varie avec la température extérieure, comme pour les autres poïkilothermes (les animaux à sang froid), leur métabolisme est d’autant plus rapide qu’il fait chaud. Et leur taille maximale aussi, puisqu’elle dépend étroitement du métabolisme. Pour qu’un serpent de plus d’une tonne ait pu exister, il faudrait donc que la température qui régnait alors dans la région soit de 30° à 34°, estiment les chercheurs. Elle aurait donc atteint 38 à 40°C lors du maximum de température qui s’est produit vers 55,8 millions d’années avant notre ère. De quoi produire de terribles vagues de chaleur…
Bien évidemment, les chercheurs reconnaissent eux-même la fragilité de leurs conclusions. La lecture des climats ancien passe par l’analyse de «proxys», des intermédiaires, puisqu’il n’existe pas d’enregistrements de température. En la matière, les sources d’erreurs sont hélas nombreuses. De plus, cette étude contredit d’autres travaux basés sur l’analyse de la flore fossile dans la même région. Il faudra donc encore progresser pour que les climatologues puissent enfin savoir si les tropiques sont protégées des sautes de climat par un thermostat naturel, ou si, comme ces travaux semblent le montrer, cette hypothèse était erronée. Une question qui reste essentiel pour la modélisation du climat à venir sur notre planète.
Source : Unisciences, Sciences&Vie
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